La soutenance de thèse en architecture de Sarah Blouin « La Société Centrale des Architectes et l’organisation de la profession d’architecte en France au XIXe siècle » aura lieu à l’école nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville (60, bd de la Villette, 75019 Paris), salle Bobenriether le lundi 26 octobre 2026 à 9h.
Cette thèse est sous la direction d’Estelle Thibault et Guy Lambert comme co-encadrant.
Affiliation: Unité de recherche IPRAUS, ENSA Paris-Belleville; École doctorale n°528 Ville transports, territoires; Université Gustave Eiffel.
Composition du jury :
– Mme Estelle THIBAULT, Professeure à l’Ecole nationale supérieure d’architecture Paris-Belleville, Directrice de thèse
– Mme Hélène JANNIÈRE, Professeure à l’Université Rennes 2, Rapporteure
– Guy LAMBERT, Maître de conférences à l’Ecole nationale supérieure d’architecture Paris-Belleville, co-encadrant thèse
– Antonio BRUCCULERI Professeur à l’Ecole nationale supérieure d’architecture Paris-La Villette, Rapporteur
– Mme Marilena KOURNIATI, Maîtresse de conférences à l’Ecole nationale supérieure d’architecture Paris-La Villette, Examinatrice
– Maxime DECOMMER, Maître de conférences à l’Ecole nationale supérieure d’architecture Bretagne, Examinateur
– Jean-Philippe GARRIC Professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Examinateur
Résumé en français de la thèse :
Au XIXe siècle, l’essor de la construction industrielle et la libéralisation du marché du travail bouleversent les conditions d’exercice de la profession d’architecte, jusqu’alors structurées par les usages hérités de l’Académie royale d’architecture. Confrontés à la concurrence des entrepreneurs et dépourvus de cadre juridique garantissant l’exclusivité de leur titre, les architectes parisiens fondent en 1843 la Société centrale des architectes (SCA), qui entend s’imposer comme la principale instance représentative de la profession. L’historiographie a longtemps entériné cette prétention en reprenant, sans distance critique, le récit institutionnel élaboré par la Société elle-même, fondé sur sa centralité et son élitisme revendiqué. Cette thèse réévalue cette représentation à partir d’une exploitation systématique des archives internes de la Société (procès-verbaux, Bulletins, correspondances et dossiers d’admission). Elle montre que l’autorité de la SCA ne procède pas d’une légitimité préexistante, mais résulte d’un processus continu de construction institutionnelle selon trois axes. La maîtrise du recrutement, qui fait de l’admission un instrument de définition des frontières de la profession ; la production d’une expertise technique, juridique et législative mobilisée auprès des pouvoirs publics ; et enfin, en 1865, la reconnaissance d’utilité publique et le patronage impérial, qui consacrent cette stratégie de légitimation. La thèse met ensuite en évidence la conception de l’architecte que cette stratégie façonne, articulant deux exigences complémentaires mais potentiellement contradictoires : la maîtrise des savoirs techniques, rendue indispensable par la complexification des procédés constructifs, et la revendication d’un statut d’artiste hérité de la tradition académique, mobilisée pour préserver le prestige social de la profession. Cette tension éclaire la position de la Société sur la question du diplôme : tout en réaffirmant son attachement à la liberté créatrice de l’architecte, elle soutient une certification officielle perçue comme instrument de régulation professionnelle. Elle explique aussi les résultats contrastés de son action, réussie sur le plan technique et législatif, mais plus limitée en matière de formation et de contrôle de l’accès à la profession. Enfin, cette recherche inscrit le développement de la Société centrale dans une perspective transnationale. L’analyse des relations avec le Royal Institute of British Architects révèle des dynamiques de professionnalisation partagées à l’échelle européenne, mais dont les modalités et effets restent dépendants des contextes politiques nationaux, la stabilité institutionnelle britannique offrant des conditions plus favorables que les transformations successives du régime politique français. Cette étude nuance ainsi l’image d’une institution monolithique et autoritaire, diffusée par les critiques de Viollet-le-Duc et relayée par une partie de l’historiographie. La Société centrale apparaît plutôt comme un corps intermédiaire engagé dans un processus permanent de construction de son autorité, dont la légitimité demeure constamment renégociée, dépendante de l’élargissement d’une profession qu’elle ne parvient qu’imparfaitement à fédérer, des tensions internes qui la traversent, et d’un contexte politique susceptible de favoriser sa reconnaissance sans jamais la garantir définitivement.
Mots-clés : Profession Architectes, Histoire de l’Architecture XIXe siècle, Société savantes, Association professionnelle
Résumé en anglais de la thèse :
In the nineteenth century, the rise of industrial construction and the liberalization of the labor market disrupted the conditions under which the architectural profession operated, conditions that had hitherto been structured by practices inherited from the Académie royale d’architecture. Confronted with competition from building contractors and lacking any legal framework guaranteeing the exclusivity of their title, Parisian architects founded the Société centrale des architectes (SCA) in 1843, an organization that sought to establish itself as the principal representative body of the profession. Historiography has long endorsed this claim, uncritically reproducing the institutional narrative constructed by the Society itself, a narrative grounded in its self-proclaimed centrality and elitism. This dissertation reassesses that representation through a systematic exploitation of the Society’s internal archives (minutes, Bulletins, correspondence, and admission files). It demonstrates that the SCA’s authority did not derive from any pre-existing legitimacy, but rather emerged from an ongoing process of institutional construction along three axes: control over recruitment, whereby admission became an instrument for defining the boundaries of the profession; the production of technical, legal, and legislative expertise mobilized in dealings with public authorities; and, finally, the 1865 recognition of public utility status together with imperial patronage, which consecrated this strategy of legitimation. The dissertation further brings to light the conception of the architect that this strategy shaped, one articulating two complementary yet potentially contradictory requirements: mastery of technical knowledge, rendered indispensable by the growing complexity of building techniques, and the claim to the status of artist inherited from the academic tradition, mobilized to preserve the profession’s social prestige. This tension illuminates the Society’s stance on the question of the diploma: while reaffirming its commitment to the architect’s creative freedom, it nonetheless supported official certification as an instrument of professional regulation. It likewise accounts for the mixed outcomes of its action—successful on the technical and legislative front, but more limited with respect to training and control over entry into the profession. Finally, this research situates the development of the Société centrale within a transnational perspective. Analysis of its relations with the Royal Institute of British Architects reveals shared dynamics of professionalization at the European scale, the modalities and effects of which nonetheless remained contingent upon national political contexts—British institutional stability affording more favorable conditions than the successive transformations of the French political regime. This study thus qualifies the image of a monolithic and authoritarian institution disseminated by Viollet-le-Duc’s critiques and echoed by part of the historiography. The Société centrale emerges instead as an intermediary body engaged in a permanent process of constructing its own authority, one whose legitimacy remained constantly renegotiated contingent upon the expansion of a profession it succeeded only imperfectly in federating, upon internal tensions running through it, and upon a political context capable of favoring its recognition without ever definitively guaranteeing it.
