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Thèse en Architecture
Inscr. 2025 UGE

Thèse

Le déplacement des monuments historiques en France. Entre sauvegarde matérielle, recomposition paysagère, continuité symbolique et réglementation. Etudes de cas pour demain et grille d’analyse à l’usage du maître d’œuvre

Sous la direction de Jean-Paul Midant

Résumé :

Résumé :

La thèse porte sur le déplacement des monuments historiques en France, envisagé comme un véritable outil de sauvegarde face aux risques contemporains : changement climatique, érosion littorale, submersions marines, instabilité des sols, inondations, sécheresses, incendies, grands travaux d’infrastructure ou d’urbanisme. Il s’inscrit dans le prolongement de la loi de 1913 et du Code du patrimoine, qui ont fait de la conservation une politique publique, tout en montrant que les Plans de Prévention des Risques (PPRN, PPRI, PPRT, PPRIF, PPRM) restent centrés sur la sécurité des personnes et des biens, et n’intègrent que marginalement la question des monuments et de leurs abords.
L’hypothèse centrale est que le déplacement demeure perçu, des spécialistes au grand public, comme un tour de force technologique isolé, dépourvu de doctrine claire, alors qu’il est appelé à se multiplier face à l’intensification des aléas. Il oblige l’architecte du patrimoine, maître d’œuvre et conservateur-restaurateur, à développer un raisonnement spécifique : maîtrise technique de la translation ou du démontage-remontage, reconfiguration des périmètres de protection et des co-visibilités, mais aussi prise en compte du choc paysager et culturel sur les lieux de départ comme sur les sites d’accueil. La question devient alors : que conserve-t-on lorsqu’on déplace un monument ? Sa seule matérialité ? Ses abords et ses usages ? Une part de mémoire, par des traces ou des dispositifs symboliques ? Qu’est-ce qui fait patrimoine : l’objet, le sol, l’implantation, le paysage, la communauté qui l’habite ?
La méthode proposée articule plusieurs échelles : étude du cadre juridique (loi de 1913, article L.621-9, doctrine de l’ABF), analyse technique et constructive, observation de terrain et entretiens avec les acteurs (habitants, affectataires, services de l’État). Un premier volet rétrospectif porte sur des opérations de déplacement déjà réalisées après 1913 : église d’Ambrières, hôtel de Massa, hôtel de Cabre, château de Landas, chartreuse de Vaucluse, maison métallique de Poissy, chalet Lang. Pour chacune, une grille d’analyse croise morphologie et structure (phases de dépose, transport, repose, modélisation 3D, renforts), matérialité (pierre, bois, métal, béton et leurs pathologies), cadre réglementaire (autorisations, contrôles, critères de décision) et réception sociale (effet de rupture ou de continuité, transferts de mémoire).
Un second volet, prospectif, applique et éprouve cette grille sur des édifices actuellement menacés mais non déplacés : l’église Notre-Dame des Ardilliers et le phare de Pointe-Plate à Miquelon, exposés à l’érosion et à la montée des eaux, ou encore les bains pompéiens de Deauville, en zone rouge d’inondation. Ces études de cas, choisis pour la diversité de leurs matériaux et de leurs programmes, permettent de tester la robustesse de la méthode, d’anticiper différents scénarios (déplacement intégral, partiel, duplication, renoncement) et de définir des critères d’acceptabilité patrimoniale.
L’état de l’art mobilise enfin les grandes doctrines de la conservation (Quatremère de Quincy, Schinkel, Viollet-le-Duc, Ruskin, Riegl), les chartes internationales (Athènes, Venise, Nara), les analyses de Françoise Choay, les campagnes internationales comme le sauvetage des temples de Nubie coordonné par l’UNESCO (Abou Simbel, Amada), ainsi que des recherches plus récentes sur les villages engloutis (G. Guérit), les relocalisations de villages (M. Belkacem) ou les architectures démontables. La thèse entend ainsi faire du déplacement, longtemps perçu comme une entorse à l’in situ, une forme assumée d’adaptation patrimoniale, capable d’articuler sauvegarde matérielle, recomposition paysagère, continuités symboliques et responsabilité envers les communautés concernées.

Mots-clés de la thèse : monuments, historiques, déplacement

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