Portrait de JLC [©Gitty Duragar 2009], La cour des études de l'École des Beaux-Arts vers 1837 (extrait) [©RMN]
Programme
9h00 Accueil à l’Ensa Paris-Malaquais
9h30 Accueil de la journée
- Jean-Baptiste de Froment, directeur de l’Ensa Paris-Malaquais – PSL
- Margaux Darrieus et Alice Sotgia, co-directrices de l’unité de recherche ACS
9h45 L’Histoire de l’architecture et ses sources
Présentation par Guillemette Morel-Journel, architecte, Dr Histoire de l’Art (EHESS), ingénieure de recherche ACS, Énsa Paris-Malaquais – PSL & Marco Assennato, philosophe, Dr Architecture (Univ. Paris Est), maître de conférences à l’Énsa Paris-Malaquais – PSL, chercheur ACS
10h Session 1. Imaginaires
- Le médium et son rapport au réel dans la pensée de Mies van der Rohe. Paolo Amaldi, Architecte, Dr Architecture (Univ. de Genève), Professeur HDR à l’Énsa de Paris-Val de Seine, chercheur EVCAU
- Objets, sources et récits d’un imaginaire en circulation : Construire les « Paris » de Bucarest, Buenos Aires et Beyrouth, Gruia Bădescu, Dr. Architecture (Cambridge Univ.), Research Fellow au Zukunftskolleg, University of Konstanz (Allemagne)
Questions
11h Session 2. Autres objets, autres sources
- Construire le récit de carrière de l’architecte Pierre Lajus (né en 1930). Spécificité des matériaux, singularité de la carrière professionnelle et particularité du traitement monographique. Christelle Floret, Architecte, Dr Histoire de l’Art (Univ. Bordeaux 3)
- Recherche figures désespérément. Laurie Gangarossa, Architecte, Dr Architecture (UGE), Maîtresse de conférences à l’Énsa de Clermont-Ferrand, chercheure UMR Ressources
Questions
Pause-café
12h Session 3. Des archives autres
- Vers un renouvellement des approches de l’histoire de l’architecture sous Vichy. Relire les trajectoires d’architectes à la lumière des archives judiciaires. Elise Guillerm, Historienne, Dr Histoire de l’Art (Univ. Paris 1), Maîtresse de conférences à l’Énsa de Marseille, chercheure INAMA
- Zup Lorraine, archives administrative. Hugo Steinmetz, Architecte, Dr Histoire (Univ. de Lorraine), Enseignant à l’Énsa de Nancy, chercheur associé LHAC (EA 7490 – Université de Lorraine)
Questions
13h Déjeuner
(Buffet sur place pour les intervenants et organisateurs)
14h30 Enseignement et transmission
Présentation par Catherine Blain, Architecte, Dr. Aménagement et urbanisme (Univ. Paris 8), ingénieure de recherche IPRAUS, Énsa de Paris-Belleville
14h45 Session 4. Pratiques exploratoires (en anglais)
- Building Interventions: The Case of the Atelier des Bâtisseurs in Modern Architectural Historiography. Johanna Elizabeth Sluiter, Architect, PhD (Institute of Fine Arts, New-York Univ.), Postdoctoral Fellow, Department of Architectural History and Preservation, Bern Univ. (Suisse)
- Manfredo Tafuri’s Teaching at IUAV (1968-73): Sources, Methodologies, and its Relationship with Research Activities. Marco Capponi, Architect, PhD Storia dell’architettura (Iuav), Postdoct BATH: Being Architects, Teaching History, Univ. Iuav di Venezia (Italie)
Questions
16h Session 5. Construction des savoirs et affiliations (table ronde)
Organisation et modération : Catherine Blain. Session portée par les échanges thématiques croisés entre :
- Estelle Thibault, Architecte, Dr. Architecture (Univ. Paris 8), Professeure HDR à l’Énsa de Paris-Belleville, chercheure IPRAUS
- Hélène Jannière, Architecte, Dr. Histoire de l’Art (EHESS), Professeure HDR à l’Univ. Rennes 2, chercheure UR Histoire et critique des arts
- Juliette Pommier, Architecte, Dr. Architecture (Univ. Paris 8), Maîtresse de conférences à l’Énsa Paris La Villette, chercheure AHTTEP
- Jean-Philippe Garric, Architecte, Dr. Urbanisme (Univ. Paris 8), Professeur HDR à l’Univ. Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, chercheur UR Histoire culturelle et sociale de l’art et École d’histoire de l’art et d’archéologie de la Sorbonne
- Jean-Louis Violeau, Sociologue, Architecture (Univ. Paris 8), Professeur HDR à l’Énsa de Nantes, chercheur AAU
- Lutz Robbers, Architect, PhD (Cambridge Univ.), Professeur à la Fachbereich Architektur, Jade University of Applied Sciences (Allemagne)
Questions
17h30 Conclusions de la journée
18h Verre de l’amitié
Cadrage de cette rencontre
L’histoire de l’architecture et ses sources
L’histoire de l’architecture est traversée de mutations profondes et Jean-Louis Cohen a été un acteur central de ces changements qui continuent de s’opérer. En 2015, il soulignait ainsi combien « le domaine de l’histoire de l’architecture a été fondamentalement transformé depuis le dernier quart du XXe siècle, dans ses objets comme dans ses méthodes[1] ». Trois ans plus tard, il s’interrogeait sur le renouvellement des publics et des usages, mais aussi des modes de récit de cette discipline[2]. Son parcours de chercheur et d’enseignant témoigne aussi d’une réflexion sur ses sources et ses récits.
Objets
En prise avec les dynamiques qui ont traversé les sciences humaines et sociales, l’histoire architecturale et urbaine a été marquée par un élargissement du champ de ses objets de recherche. La focalisation sur ses figures les plus héroïques a fait place à un intérêt croissant pour ses acteurs et actrices secondaires, renouvelant par là-même le canon de la discipline. Les travaux de Jean-Louis Cohen et de bien d’autres chercheurs et chercheuses ont ainsi fait apparaître un paysage beaucoup plus complexe qu’une historiographie centrée sur des mouvements bien délimités ou des figures perçues comme isolées. L’histoire de ce que l’on nomme encore parfois le « Mouvement moderne » a en particulier été largement transformée par ces apports, tandis que l’étude des transferts culturels à l’échelle mondiale, mais aussi des résistances à la modernisation, ont renouvelé les analyses. Cet effort d’élargissement des objets de l’histoire de l’architecture se poursuit actuellement selon d’autres pistes, qu’il s’agisse des édifices « ordinaires », souvent anonymes, de la variété des formes de pouvoirs que sert l’architecture, ou encore des dimensions environnementales de l’acte de bâtir.
Sources
Parallèlement au renouvellement des questionnements qui animent l’histoire de l’architecture, qu’elle soit menée par des historiens de l’art ou par des architectes de formation, ce sont aussi les sources utilisées par les chercheurs qui ont changé et continuent d’évoluer. À cet égard, le travail de Jean-Louis Cohen était caractérisé par sa capacité à manier une grande diversité et surtout une immense quantité de sources, s’affranchissant des frontières nationales comme disciplinaires, tout en se jouant des barrières linguistiques. Aux sources « classiques » de l’histoire de l’architecture que sont les bâtiments eux-mêmes, ainsi que les archives, les publications et les documents graphiques, s’ajoutent des informations issues de l’histoire orale (grâce à des documents existants ou des entretiens menés ad hoc), tandis que des matériaux issus de sphères comme la politique ou la technique sont venus enrichir les corpus étudiés. Ces sources progressent encore, notamment sous l’effet des mutations induites par les outils numériques, qui permettent aux chercheurs d’accéder facilement à de très grandes bases de données, tandis que les fichiers produits par des architectes ou d’autres acteurs deviennent eux-mêmes des sources, qu’il s’agit désormais d’étudier. Qu’en est-il aujourd’hui de l’enjeu disciplinaire que représentent les sources et les outils pour faire l’histoire de l’architecture ?
Récits
L’évolution des objets et des sources de l’histoire de l’architecture s’est logiquement accompagnée de changements dans les récits qui en sont proposés. Le travail de Jean-Louis Cohen est là encore symptomatique de ces évolutions. S’il a pratiqué lui-même le genre très établi de la monographie, en consacrant des ouvrages à André Lurçat, Le Corbusier, Mies van der Rohe, ou plus récemment Frank Gehry, il a aussi œuvré pour composer des analyses plus transversales, souvent centrées sur les circulations internationales. Dans le même temps, il s’est essayé au genre de la grande synthèse qui a culminé en 2012 dans L’architecture au futur depuis 1889. Ce faisant, plusieurs questions se sont posées, à lui comme à bien d’autres. Comment renouveler le genre de la monographie, notamment au regard des nouveaux questionnements sur les notions d’auteur et d’auctorialité ? Comment construire des histoires centrées sur des scènes nationales, tout en intégrant les dynamiques de l’histoire mondiale ? Peut-on encore composer de vastes panoramas, au moment où l’inflation des travaux ne cesse de multiplier les éclairages fragmentaires ? Dans quelle mesure les objets, les questionnements et les méthodes émergents sont-ils en train de faire apparaître de nouveaux récits[3] ?
Enseignement et transmission
Le parcours d’enseignant de Jean-Louis Cohen se déploie sur cinquante ans ; il l’a amené à travailler dans un très grand nombre d’institutions, depuis les écoles d’architecture et d’urbanisme en France jusqu’à l’Institute of Fine Arts de New York University et au Collège de France, dont il fut professeur invité de 2014 à 2021. Tout au long de cette carrière, l’enseignement de l’histoire de l’architecture s’est transformé, et c’est plus largement la transmission de ce savoir au-delà du monde universitaire qui a changé.
Pédagogies
Traditionnellement enseignée selon le format du cours magistral, l’histoire de l’architecture connaît une multiplication des manières d’opérer cette transmission, auxquelles s’est essayé Jean-Louis Cohen. Tout en faisant de l’intervention en amphithéâtre le cœur de son activité d’enseignant et de conférencier, il a investi des formats d’enseignement et de co-construction des savoirs comme les séminaires, qui ont joué un rôle majeur dans ses productions de chercheur, de l’EHESS à New York University et Princeton. Parallèlement, il a su s’adresser à des publics plus larges que les étudiants et étudiantes en architecture ou en histoire de l’art à travers des cours publics, tels ceux qu’il a donnés au Collège de France, qui sont accessibles sur internet[4]. Comment la pédagogie et les formats de l’enseignement de l’histoire de l’architecture ont-ils évolué, au cours du XXe siècle et au-delà ?
Doctorat
Conscient de l’importance de structurer la recherche en histoire de l’architecture, Jean-Louis Cohen a pris une part active au développement du doctorat en architecture. En France, cet engagement s’est traduit par la co-création, avec Monique Éleb et Yannis Tsiomis en 1991, d’un enseignement inter-écoles de troisième cycle : le diplôme d’études approfondies (DEA) « Le projet architectural et urbain ». Cette formation s’est avérée déterminante pour accompagner plusieurs générations de jeunes diplômés vers le doctorat et pour l’intégration du troisième cycle aux programmes des écoles nationales d’architecture. L’encadrement de dizaines de thèses de doctorat dans plusieurs pays a constitué une contribution majeure de Jean-Louis Cohen à la formation de chercheurs et de nouveaux enseignants. Alors que les débats sur la recherche architecturale restent animés, comment situer son action dans cette évolution, et en quoi peut-elle éclairer les questions que soulève actuellement le troisième cycle d’études au sein des écoles ?
Pratiques
La place de l’enseignement de l’histoire de l’architecture dans les institutions où elle est présente n’a cessé d’être redéfinie, aussi bien dans les écoles d’architecture et d’urbanisme que dans les départements d’histoire de l’art. Jean-Louis Cohen avait à cœur de dialoguer avec ses pairs universitaires bien sûr, mais aussi avec des architectes praticiens ainsi qu’avec des acteurs engagés dans l’acte de bâtir comme les hommes et les femmes politiques. Pour autant, il mettait aussi régulièrement en garde contre la tentation récurrente d’une histoire « opérative », qui serait instrumentalisée par la pratique plutôt qu’obéissant à ses propres règles. Comment les rapports entre enseignement du projet et enseignement de l’histoire, ou entre l’histoire de l’architecture et l’histoire des arts ont-ils évolué ? Est-il toujours nécessaire de distinguer l’enseignement de l’histoire et l’enseignement de la théorie de l’architecture ? En quoi l’intérêt croissant pour les questions patrimoniales et l’intervention sur l’existant peuvent-ils être une occasion pour étendre les usages de l’histoire ?
[1] Jean-Louis Cohen, « Les nouveaux horizons de l’histoire de l’architecture », in id. (dir.), L’architecture. Entre pratique et connaissance scientifique, Actes de la rencontre du 16 janvier 2015 au Collège de France, Paris, Éditions du Patrimoine/CMN, 2018, p. 84.
[2] Voir Richard Klein (dir.), À quoi sert l’histoire de l’architecture aujourd’hui ?, Paris, Hermann, 2018, p. 48-51.
[3] Voir la conférence « L’Histoire de l’architecture au début du IIIe millénaire : nouvelles perspectives », Paris, Cité de l’architecture et du patrimoine, 2023 : https://www.youtube.com/watch?v=bMqS2lorkHY
[4] https://www.college-de-france.fr/fr/chaire/jean-louis-cohen-architecture-et-forme-urbaine-chaire-internationale/events
Cadrage général des rencontres
Par l’ampleur de son œuvre et de ses engagements, Jean-Louis Cohen a profondément marqué le champ de l’histoire de l’architecture et de l’urbanisme, non seulement en France mais dans le monde. Historien de la modernité architecturale, il s’est attaché à en étudier les principales figures, ainsi que les développements plus anonymes, sans en négliger les moments les plus sombres. Participant à l’essor de l’histoire mondiale, il a mis l’accent sur les circulations internationales qui ont alimenté la globalisation de l’architecture. Ses terrains de recherche ont porté aussi bien sur l’Europe et l’Amérique du Nord que sur le Maroc colonial ou l’URSS, avec le souci constant d’analyser les connexions entre ces différentes scènes. Par-delà ces travaux fondamentaux, Jean-Louis Cohen a aussi forgé une approche de l’histoire et des concepts, comme celui d’« interurbanité », cherchant par là à caractériser les transferts complexes qu’il traquait entre les villes du monde. Auteur et chercheur prolifique, il n’a cessé d’enseigner et de renouveler les formes de la transmission, qu’il s’agisse de grandes expositions organisées sur différents continents, de la préfiguration de la Cité de l’architecture à Paris, ou de la série de cours publics donnés en tant que professeur invité au Collège de France.
Après la disparition soudaine de Jean-Louis Cohen en 2023, nous souhaitons revenir sur les héritages qu’il nous a transmis et nous interroger sur les perspectives qu’il a contribué à ouvrir pour l’histoire de l’architecture. Plus que d’organiser un hommage, il s’agit de réfléchir collectivement aux chantiers intellectuels qu’il a alimentés et parfois suscités, marquant plusieurs générations de chercheuses et chercheurs. Quel est le legs de la pensée et de l’action de cet historien qui nous anime aujourd’hui ? Comment nous en emparons-nous pour déployer de nouvelles pistes de recherche ? Comment nous en écartons-nous aussi ? Ces questionnements se veulent rétrospectifs, mais aussi tournés vers le présent et l’avenir de l’histoire de l’architecture.
Les Rencontres Jean-Louis Cohen prennent la forme d’un cycle de journées d’études internationales organisées à Paris. Chaque journée est consacrée à un thème permettant d’éclairer un aspect des héritages et perspectives ouverts par son travail. Les propositions de communications s’inscriront dans chacun des thèmes définis. Elles peuvent porter sur un aspect particulier de la production de Jean-Louis Cohen (livres, expositions, enseignements, etc.), sur des enjeux plus méthodologiques (concepts, approches, sources, etc.) ou encore sur des travaux de chercheurs discutés en lien avec ses apports. Ces Rencontres sont non seulement ouvertes aux personnes ayant interagi avec lui, mais aussi et surtout aux chercheurs avec lesquels son travail résonne.
